Attention, phrase costaud à laisser sédimenter lentement. “Je crois plutôt que l’inépuisable capacité de l’Occident à déconnecter le dire du faire a rendu pour longtemps sa modernité à la fois inintelligible et illégitime à ceux qu’il a désignés comme les autres, même s’ils ont pu en bénéficier par défaut.”
Vingt-cinq ans après la parution de son stimulant essai L’Occident et les autres (éditions La Découverte, 2001), l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis était l’invitée début juin de la tout aussi stimulante émission À voix nue de France Culture. Cinq discussions comme autant de concentrés de vivacité intellectuelle et d’érudition joyeuse avec la réalisatrice Ilana Navaro, que toute personne soucieuse de mieux saisir certains enjeux de l’époque devrait se hâter d’écouter… Une époque dont l’économiste états-unien Joseph Stiglitz disait dès 2015 que les racines du drame résidaient dans le paradoxe suivant : “Les Américains veulent toujours être numéro 1 – nous aimons avoir ce statut. La Chine, en revanche, n’y tient pas particulièrement […]. La Chine comprend parfaitement l’obsession psychologique américaine pour la première place – et s’inquiète profondément de notre réaction le jour où nous ne l’occuperions plus.” Comme le disait ce printemps Le Rat Luciano lors de son grand retour microphonique après un quart de siècle à se faire rare, “pourquoi écouter ce qu’ils disent ? On regarde ce qu’ils font. C’est le monde après nous, pas moins. Le reste ? Bruit de fond.”
En judo aussi, l’olympiade vient d’accélérer d’un coup, au sortir d’une séquence de championnats continentaux où le bruit du monde s’est parfois engouffré, ainsi que nous le racontait depuis Tbilissi Tiphaine Gingelwein juste après le podium des -81 kg où Timur Arbuzov, qui venait de proposer un menu salade-tomates-oignons en finale au héros local Tato Grigalashvili, vit son hymne conspué par une bronca des spectateurs aux cris de “ruseti okupantia“, en référence aux statuts disputés des territoires tampons de l’Abkhazie et l’Ossétie-du-Sud…
Au récent Grand Chelem de Mongolie, le Japon s’est montré létal et la Corée du Sud est apparue habitée des mêmes certitudes physiques et techniques qu’aux Masters 2021 de Doha où, en sortie de pandémie, les combattants du Pays du Matin Calme avaient affiché un impact d’ensemble tout aussi remarquable et remarqué. Les protagonistes du feuilleton ci-dessous, eux, ont traversé un printemps contrasté, qui vaut le coup d’être documenté de près tout en l’inscrivant dans la perspective du temps long. – JudoAKDRoadToLA2028#04.
Une version en anglais de cet épisode est disponible ici.
Pour (re)lire l’épisode 3/13 (hiver 2026), c’est par là.

Toma Nikiforov – Belgique – Néo retraité – Dans les dernières pages de son Château de ma mère (1958), l’écrivain français Marcel Pagnol écrit ces lignes : « Telle est la vie des hommes. Quelques joies effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » Un an après l’annonce de sa retraite, l’heureux papa d’Azalia et de Deya poursuit son apprentissage de la vie d’après, son immense sourire en forme de pare-chocs avant pour qui s’aventurerait à essayer de porter atteinte à la sérénité d’un premier cercle qu’il veille à maintenir sacré. À trente-trois ans, le volet théorique de sa formation d’entraîneur est à présent derrière lui. Ses heures à l’Armée et ses soirées à assurer la sécurité lors d’évènements qui ne disent pas non à la présence d’un colosse aux poings agiles de son gabarit lui permettent de parer au plus urgent. L’évidence de sa reconversion comme meneur d’hommes (et de femmes) ne semble plus qu’une histoire de semaines tant son intransigeance, son charisme et – derrière sa carapace bourrue – sa fine connaissance des âmes, semblent aujourd’hui des critères décisifs aux yeux de nombreux dirigeants ambitieux. D’ici là un autre projet l’accapare au point d’être parfois « à la salle de 23 h à 02 h 30 du matin » en bon hyperactif qu’il est. Peu client de « cette génération Tik Tok qui se filme beaucoup alors qu’elle n’a pas grand-chose à dire », il fait ses bails et s’est engagé à nous en dire davantage au sortir de l’été.

Melkia Auchecorne – N°19 à la ranking des -70 kg (+24 places) – Battue dès son deuxième combat le 20 mars au Grand Chelem de Tbilissi par la Japonaise Shiho Tanaka, 4e mondiale, la judokate de l’AS Chelles souffle un bon coup trois jours plus tard en apprenant qu’elle est malgré tout sélectionnée pour les championnats d’Europe prévus le mois suivant dans la même ville. Il s’agit de ses premiers championnats continenaux séniors après le « troc » consenti un an plus tôt pour permettre à Clarisse Agbégnénou de coller au mieux avec ses projets de maternité.
Le jour J, elle confirme qu’elle est décidément, à vingt-et-un ans, un placement qui rapporte. Médaillée d’argent pour sa première saison en -70 kg, en dominant des taulières comme la Néerlandaise Sanne Van Dijke, l’Espagnole Ai Tsunoda Roustant ou la Russe Madina Taimazova, dix-sept médailles olympiques, mondiales ou continentales à elles trois. Commentaire élogieux de cette dernière, formée sur les mêmes tatamis de Vladikavkaz qu’Inal Tasoev, rapporté par son service presse fédéral : « Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi forte physiquement. Je me sentais bien, tout se déroulait comme prévu. La première moitié du combat était complètement à mon avantage, et je sentais qu’elle commençait à fatiguer. J’ai commencé à attaquer et pensais la victoire à portée de main. Et puis j’ai commis une grave erreur et elle en a profité. » La confidence a valeur d’adoubement dans la bouche de « la fille à l’œil au beurre noir » des Jeux de Tokyo, passée à la postérité pour ses golden scores à rallonge ce jour-là (14’58 au deuxième tour, 16’41 en demies et 5’22 pour le bronze).
Pour Melkia, “la frustration” reste le sentiment qui demeure au sortir de cette campagne de Géorgie. Frustration d’avoir cédé face à la Hongroise Szofi Ozbas, tenante du titre qu’elle avait pourtant su dominer en septembre dernier au Grand Prix de Chine pour ses premiers pas dans cette nouvelle catégorie. Frustration aussi de ne pas avoir enfoncé le clou pour de bon au niveau national dans une catégorie où, certes Margaux Pinot a annoncé mi-mai tirer sa révérence mais où une Marie-Ève Gahié ou une Clémence Émé, transfigurée depuis son passage à l’AJA Paris XX et que les blessures la laissent enfin en paix, n’ont pas encore dit leur dernier mot. Mais ce n’est sans doute que partie remise : au terme d’un printemps égayé par quelques sorties par équipes, le stage de Benidorm et des apparitions publiques pour promouvoir le judo féminin – mais aussi amputé in extremis de sa sélection au Grand Chelem d’Oulan-Bator pour pouvoir se consacrer au rattrapage des partiels de socio, de Droit administratif ou de Droit de l’Union européenne qu’elle avait manqués quelques semaines plus tôt -, elle sait qu’elle a de solides cartes en mains.

Giacomo Gamba – Italie – N°342 à la ranking des -90 kg (entrée) – Treize mois après sa dernière sortie en -81 kg, « Jack » effectue ses grands débuts en -90 kg le 28 mars à la Continental Cup de Dubrovnik. Cinq combats remportés sur six, une médaille de bronze et de vrais motifs de satisfaction. « Je ne suis pas encore à 100 % mais c’est si bon d’être de retour » confie-t-il à chaud avec cet élan invincible que connaissent tous ceux qui ont connu des mois dans l’antichambre de la convalescence et des soins.
Six semaines plus tard, à l’European Open de Benidorm, il s’arrête dès le troisième tour, dominé par l’Allemand Eduard Trippel, vice-champion olympique 2021 à Tokyo et en or au terme de la journée. « Je suis à 91 kg, j’ai encore besoin de prendre trois ou quatre kilos pour être vraiment bien dans la catégorie, estime celui qui avoue commenter avec réticence cette période de sa carrière. L’heure n’est pas aux paroles. L’heure est aux actes. J’ai besoin d’action. Je veux des combats. Je veux des victoires. Et, pour cela, il n’y a qu’une chose à faire : bosser. »
Joignant le geste à la parole, il enchaîne à Martina Franca dans les Pouilles avec le titre national aux championnats d’Italie avec son équipe des carabinieris, remportant chacun de ses quatre combats. Un doublé filles-garçons qui renvoie son entraîneur Matteo Marconcini au souvenir du dernier sacre de cette équipe dans l’épreuve, en 2012, auquel le vice-champion du monde 2017 avait alors pris part en tant qu’athlète.
Le début des cérémonies de célébration des 140 ans de son club de Forza e Costanza, un passage sur les bords de l’Adriatique à Riccione la semaine du 10 juin pour le bien nommé Green Camp de son compatriote Elio Verde, avec l’Azerbaïdjanais Zelym Kotsoiev en guest star, un coup d’œil à la 1000 Miglia, course automobile bientôt centenaire remise au goût du jour dans le film Ferrari de Michael Mann (2023), et la préparation de sa prochaine sortie, le 28 juin à l’European Open de Prague… Le retour se fait par étapes et sans jamais reculer.

Romain Valadier-Picard – France – N°8 mondial des -60 kg (-3 places) – Les championnats d’Europe de Tbilissi ouvraient une séquence inédite pour l’équipe masculine française : le pari d’aligner deux tricolores par catégorie dans quatre d’entre elles (-60, -66, -73 et -90 kg), de faire l’impasse sur deux autres (-81 et -100 kg) et de donner sa chance à un +100 kg, Mathéo Akiana Mongo cette fois, dans un de ces inconfortables costumes de travailleur intérimaire que la catégorie ne connaît que trop bien depuis deux décennies, à chaque cycle où Teddy Riner entre en ce mode pause que son palmarès impérial lui autorise.
Malgré “une préparation sereine” et une solide entame ponctuée par un sutemi en bougie sur l’Ukrainien Artem Lesyuk, Romain s’incline en quarts de finale face à l’Israélien Izhak Ashpitz, révélation de ce début de saison avec ses podiums à Paris en février, ce jour-là à Tbilissi puis en juin en Mongolie. Finalement septième sans avoir pu réellement défendre ses chances en repêchages, Romain en explique quelques jours plus tard la raison : il s’est désinséré deux tendons du quadriceps à l’occasion de ce choc face au surpuissant protégé de l’ancien médaillé mondial Golan Pollack – “même mon père, qui est radiologue, a été impressionné par l’ampleur de la blessure“. Six semaines d’arrêt et de soins et surtout la joie douce-amère d’avoir assisté aux premières loges au triomphe de son rival Luka Mkheidze qui, comme en 2023 lors de l’édition de Montpellier, s’adjuge de par son histoire personnelle un nouveau titre à domicile.
Exempté de Judo Pro League le 16 mai et remplacé par Gabin Supervielle du fait de cette convalescence, c’est depuis le bord du tapis qu’il assiste au sacre de ses partenaires de l’ACBB lors du Final Four d’une épreuve dont le règlement a été scruté à la loupe ces derniers mois par des juristes pour faire valoir ce que de droit. Le stage de Benidorm, la semaine suivante, est l’occasion de reprendre le pouls du circuit en se limitant à la technique et aux soins en bord de tapis. Une école de la frustration qui, cumulée aux nombreux galas qu’il a mis un point d’honneur à honorer week-end après week-end un peu partout en France à son retour de Tbilissi, le conduit à ne pas s’accorder les plages de récupération qu’il aurait dû prendre – et donc à se “refaire mal au même endroit“. Exit donc le Grand Chelem de Mongolie le 19 juin, pour lequel il était sélectionné. Un mal pour un bien puisque cette pause forcée lui permet d’avancer avec son binôme Clément Delvert sur leurs recherches académiques sur la quantification de la charge d’entraînement, et de poursuivre la planification de ces week-ends au grand air entre copains qu’il affectionne tant. “Je dois apprendre à me reposer et pas seulement à me détendre, affine-t-il. Ma saison passée m’a montré que quand j’arrive avec la dalle, je performe. Ma chance est que mes entraîneurs, Dany Fernandes et Stéphane Frémont en tête, m’entendent et m’encouragent à mieux écouter mon corps. Ils savent que je ne triche pas.” Et la défaite d’entrée de Luka Mkheidze le 19 juin à Oulan-Bator laisse à penser qu’entre le double médaillé olympique et le vice-champion du monde en titre, la course aux Jeux est loin d’être terminée.

Paco Lozano – Espagne – Photographe – “Il faut aimer la solitude pour être photographe” a dit un jour Raymond Depardon. Fidèle au poste comme chaque année aux championnats d’Europe, l’homme qui shoote plus vite que son ombre l’expérimente un peu plus à chaque échéance, cette solitude. Il la constate à nouveau lors de cette édition géorgienne, notant l’essoufflement d’un modèle qui décourage plus qu’il n’encourage ses confrères les plus expérimentés à effectuer ce genre de déplacement. Une dynamique globale dont il situe l’accélération au moment de la crise sanitaire et qui dépasse le strict microcosme judo au point de faire l’objet d’amples discussions dans les écoles de journalisme… Un constat confirmé par une première journée de championnats disputée devant une salle atone, la faute à un placement dans la semaine – un jeudi – difficilement compatible avec les engagements professionnels ou scolaires du public cible. Un faux départ heureusement rattrapé par les performances de haute volée des jours suivant – “les Arbuzov, Bellandi, Krpalek, Tushishvili… Même le jeune Tataroglu, c’était impressionnant à voir.”
Présent quelques semaines plus tard au stage de Benidorm puis aux célébations de la dynamique Ligue de Galice du tout aussi dynamique Mario Muzas, il y prend part la minute de silence accordée en mémoire de son ami José-Manuel Cortès, arbitre des Jeux olympiques de Pékin, de Londres et de Rio de Janeiro. De retour à Málaga, il reprend avec une passion et une patience infinies le tri de ses dizaines de milliers de photos en attente, comme un écho au fameux aphorisme du documentariste Chris Marker : « La photo, c’est la chasse, c’est l’instinct de chasse sans l’envie de tuer. C’est la chasse des anges … On traque, on vise, on tire, et clac ! Au lieu d’un mort, on fait un éternel. »

Faïza Mokdar – France – N°3 mondiale des -57 kg (+6 places) – Son statut de deuxième remplaçante pour les Europe de Tbilissi lui laisse échapper un “je sens qu’on ne compte pas sur moi” qui dit tout de l’insondable solitude qui frappe ces milieux ultra-concurrentiels lorsqu’arrivent ces inévitables carrefours révélant brutalement qu’il faut prouver encore. Maigres lots de consolation : Shirine Boukli, sa traditionnelle camarade de chambrée, remporte en Géorgie son cinquième titre continental en autant de participations, record tricolore égalé ; et le lendemain, dans sa catégorie des -57 kg, Sarah-Léonie Cysique ne termine “que” en bronze, tandis que Martha Fawaz, l’autre titulaire, s’incline face à son aînée en finale de repêchage. Rien de rédhibitoire, donc, d’autant que cette séquence sans objectifs immédiats est aussi l’occasion d’avancer sur ses études et de retravailler ses gammes avec son entraîneur de club Baptiste Leroy.
Le 1er mai, renforcé par la Kosovare Distria Krasniqi et la Brésilienne Rafaela Silva – dix médailles olympiques et mondiales à elles deux – aux côtés notamment de Romane Dicko et Maie-Ève Gahié, son PSG Judo est tout simplement injouable aux championnats de France par équipes genrées. Quatre victoires en autant de combats pour Faïza qui se remet dans le sens de la marche. Une semaine plus tard, elle se rappelle au bon souvenir des sélectionneurs en conservant son titre au Grand Chelem d’Astana, prenant sa revanche en finale et au sol sur sa compatriote Chloé Devictor qui l’avait privée d’un quatrième titre national d’affilée en décembre dernier à Saint-Chamond. Légèrement touchée aux ischios, elle se contente de séances techniques la semaine suivante lors du stage organisé sur place et regroupant notamment l’hôte kazakhstanais mais aussi le Canada et le les collègus de l’AJA Paris XX. De quoi arriver lancée comme un 504 break chargé dans la foulée au très prisé stage de Benidorm où Clarisse Agbégnénou, marquée par un printemps éprouvant, revient jouer les tantines du groupe… Cinquième le 19 juin au Grand Chelem d’Oulan-Bator alors que Sarah-Léonie Cysique se classe deuxième, elle sait que sa sélection pour les championnats du monde d’octobre ne dépend à cet instant plus tout à fait d’elle seule.

Daikii Bouba – France – N°13 mondial des -66 kg (-3 places) – Rayonnant en 2025, Daikii rentre de l’édition 2026 des championnats d’Europe avec les idées confuses. “Sur chacun de mes trois combats, je tombe sur la première séquence. Mes schémas n’étaient pas clairs. J’ai voulu faire tomber trop vite, sans construire. Ça fait une bonne dizaine d’années que je n’avais pas eu cette sensation.” Septième sans avoir réussi à voir le ballon ni contre le Russe Abdullakh Parchiev en quarts, ni contre l’Arménien Davit Abrahamyan en repêchage, le trentenaire rumine. Est-ce son statut de tenant du titre qui était trop lourd à porter ? Est-ce la régularité retrouvée de son rival Walide Khyar, troisième à Tbilissi comme il l’avait été un an plus tôt à Podgorica, avec entre les deux une cinquième place aux championnats du monde de Budapest et un titre au Grand Chelem d’Abou Dhabi ? Est-ce son choix de rester s’entraîner à Paris au moment où une partie de l’équipe de France s’envolait pour le Brésil durant le cycle de préparation ?
Quinze jours après, Daikii reprend du poil de la bête. Au sein d’une équipe de l’AJA Paris XX contrainte de partir à un de moins – Maxime Merlin étant engagé sur le Grand Chelem de Dushanbe et Benjamin Axus étant monté en -81 kg -, il se dévoue en -73 kg, gagne quatre de ses cinq combats dont ceux face aux champion de France Nathan Cadignan et à son dauphin, le néo-médaillé européen Dayyan Boulemtafès, de onze ans son cadet.
(Trop) conscient de l’importance de chaque sortie internationale désormais, sa participation le 19 juin au Grand Chelem d’Oulan-Bator tourne court. S’il marque son adversaire mongol sur un sutemi, il se relâche et se fait immobiliser sur la séquence suivante. Une première défaite en trois rencontres face à cet Erkhembayar Battogtokh qui, à domicile, vaut bien mieux que sa 39e place à la ranking.

Martti Puumalainen – Finlande – N°15 mondial des +100 kg (-3 places) – Pas même un matte. En deux sorties internationales ce printemps, le champion d’Europe 2023 aura passé dix-sept secondes sur le tapis le 20 mars au Grand Chelem de Tbilissi, puis vingt-six autres le 21 juin à celui d’Oulan-Bator, dompté respectivement par le uchi-mata en cercle d’Artem Zolothukin, 27e mondial et sixième Russe à la ranking, puis par une clé de bras éclair du revenant Duurenbayar Ulziibayar, troisième des championnats du monde 2018 retombé au 116e ang mondial et dont le dernier combat remporté sur le circuit remontait au Grand Chelem de Paris… 2020.
L’addition est salée, d’autant qu’elle s’ajoute à son forfait de dernière minute aux championnats d’Europe le 19 avril, en raison de douleurs de gorge se révélant être les signes d’une mononucléose. Une mauvaise série heureusement compensée par la dynamique d’ensemble de son équipe, littéralement transfigurée depuis l’arrivée aux manettes du Slovène Rok Drakšič au moment de la pandémie. “Avec la finale de Luukas Saha en -66 kg, nous revenons des championnats d’Europe avec une médaille pour la quatrième année d’affilée. Cela montre que c’est un véritable système qui est entrain de se mettre en place. Ça nous tire tous vers le haut.”
Le travail ne paie pas actuellement mais il a payé et il paiera sans doute encore. C’est la conviction du géant blond, jamais avare de ses efforts, tant lors du copieux stage de Benidorm que quelques jours plus tard à Istanbul où il aura le privilège de croiser le fer avec un Teddy Riner qui n’a pas encore passé la quatrième. À domicile, il continue de faire venir des sparrings comme le Biélorusse Mikita Svirid, le Britannique Wesley Greenidge ou l’Estonien Marek-Adrian Masak. “Conduis-toi au sauna comme à l’église“, dit un proverbe finlandais. Martti a trébuché mais il est toujours en route.

Ariane Toro Soler – Espagne – N°10 mondiale (-6 places) – Fidèle à sa ligne directrice, la Navarraise sort peu et rentre rarement à vide. Après sa médaille de bronze en décembre au Grand Chelem de Tokyo puis sa médaille d’argent en février à celui de Paris, elle se voyait bien accrocher ce troisième métal qui la fuit depuis l’édition 2024 du Grand Chelem de Tbilissi. Le 16 avril, c’est à nouveau dans la capitale géorgienne qu’elle entend saisir l’opportunité, à l’occasion des championnats d’Europe où elle était troisième en 2024 en 2025. Las, son yuko sur une de ces techniques de chiffonnier comme le judo contemporain en propose parfois à trente secondes du terme de sa demi-finale face à Amandine Buchard lui est retiré par la table centrale après le sore made. Une douche froide pour ce plafond de verre qu’elle pensait enfin avoir réussi à percer. Démobilisée, elle tient encore 2’50 de golden score avant de rouler sur la tranche sur un tai otoshi sauté de la Française… Malgré la déception, elle n’a besoin que de deux coups de patte à gauche puis à droite pour coller deux waza-aris à la Néerlandaise Naomi Van Krevel et s’adjuger son troisième podium continental d’affilée. À ses côtés, le trio des trentenaires Distria Krasniqi (or), Amandine Buchard (argent) et Odette Giuffrida (bronze) cumule tout de même trente-six médailles en grands championnats. “Ma première médaille européenne était une grande joie. La deuxième, une confirmation. Celle-ci est teinte d’un peu plus de tristesse, mais elle me confirme aussi que mon choix de sortir peu est le bon. J’arrive avec l’envie et c’est ce qui me permet le mieux de m’exprimer.”
Après quelques vacances sportives (montagne et surf du côté de San Sebastian), puis le stage de Benidorm tout en jonglant avec ses échéances universitaires, elle repointe son minois deux mois plus tard au Grand Chelem d’Oulan-Bator. Cinq combats, des pions sur ko-uchi maki-komi sur la Polonaise Aleksanda Kaleta, hikikomi-gaeshi sur la locale Gal-Od Tserentogtokh et o-guruma en sept secondes à nouveau face à la Néerlandaise Naomi Van Krevel. Mais un tomoe-nage en quarts face à Odette Giuffrida, mais un corps-à-corps qui bascule du mauvais côté au golden score en place de trois face l’ex-Mongole naturalisée émiratie Khorloodoi Bishrelt. Voici Ari cinquième… et encore plus motivée pour que cela n’arrive plus.

Morgane Sellès – France – Kiné de l’équipe d’Azerbaïdjan – “Leur plafond c’est mon plancher, ton plan A c’est mon plan B” : comme le rappe le Français Booba dans ‘Les Meilleurs’ (2015), l’équipe des bords de la mer Caspienne est en train de prendre goût aux standards élevés depuis la folle saison 2024 de son -73 kg Hidayat Heydarov et de son -100 kg Zelym Kotsoiev – entre autres, et a fortiori dans l’optique d’être l’hôte des championnats du monde à l’automne. Les quatre médailles sans titre ramenées des championnats d’Europe de Tbilissi ? “Une déception et une frustration” commente Morgane, qui garde en travers de la gorge l’issue houleuse de certains combats face à des locaux, en -60 et en -81 kg notamment. Parmi les motifs de satisfaction, la belle montée en puissance du néo -66 kg Turan Bayramov, déjà sur la boîte quelques mois après être monté des -60 kg, et la prometteuse cinquième place de la -48 Shafag Hamydova, tombeuse notamment de la championne du monde italienne Assunta Scutto et de la médaillée olympique suédoise Tara Babulfath. “L’arrivée d’Amina Abdellatif dans le staff féminin amène beaucoup de sérénité à ce groupe. Certaines filles sont montées de catégorie pour ne plus se bousiller la santé avec les régimes et, une fois n’est pas coutume, nos masculins sont restés cette fois encourager les féminines. D’ailleurs, à titre personnel, c’est la première fois que les athlètes prennent eux-mêmes l’initiative de venir me solliciter pour les soins. Ça aura pris deux ans, comme à l’époque où je bossais avec l’équipe de France.”
Un parallèle intéressant qui, compte tenu de codes culturels parfois aux antipodes, doit beaucoup au sens de l’écoute du manager allemand Richard Trautmann et à sa capacité à dénouer les situations problématiques à mesure qu’elles se présentent. “Je me sens responsabilisée et respectée, avec le sentiment de vraiment appartenir à une équipe.” Un cap important lié aussi à la crédibilité gagnée sur le temps long – “60 à 70 % des blessures observées ces derniers mois sont liées à des carences relevées lors de nos tests de pré-saison. Ça veut dire quelque part que nous sommes dans le vrai.”
Cette confiance mutuelle est tout sauf de trop au moment de passer la deuxième pour un calendrier estival millimétré, qui laisse derrière lui le stage de Benidorm – “il y avait beaucoup trop d’athlètes sur le tapis, entre kinés nous étions tous flippés de voir un de nos athlètes avoir quelqu’un qui lui tombe dessus pendant les randoris” – celui à Palapellicone (Italie) dans la foulée, une escale aux Pays-Bas pour les cinq ans de sa fille, le Grand Chelem de Mongolie où, pour la deuxième fois en quelques mois Hidayat Heydarov ne parvient pas à être au poids…, et un débrief de bon matin tout en auto-dérision dans le podcast aussi physique que cérébral qu’elle alimente façon journal de bord : “Pourquoi les kinés essaient de devenir influenceurs ? Peut-être parce qu’il y a de plus en plus d’influenceurs qui donnent des conseils de rééducation… Avec des ‘exos miracles’ qui guérissent tout en seulement cinq minutes par jour. Ton dos. Celui de ta grand-mère. Le genou de ton pote marathonien. Et celui de ta collègue hémiplégique.” Vivement la suite. – Tous propos recueillis par Anthony Diao, hiver 2026. Montage d’ouverture : ©Peyo Diao-Thomé/JudoAKD.
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Pour (re)lire l’épisode 3/13 (hiver 2026), c’est toujours par là.
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