Patrick Grosperrin – La latéralité, levier méconnu de la performance

Né le 14 novembre 1961 à Salins-les-Bains (France), Patrick Grosperrin est d’abord une rencontre professionnelle. En juillet 2017, un partenariat entre le Club de la presse de Lyon, au conseil d’administration duquel je siège alors, et l’opérateur Orange, où Patrick est alors formateur en management, nous permet de passer quelques heures ensemble à Chambéry, ville-étape cette année-là de la 104e édition du Tour de France cycliste, et de découvrir les coulisses d’une logistique millimétrée d’autant plus impressionnante qu’elle est nomade.

Très vite, nous nous découvrons de nombreux sujets de discussion sportifs et intellectuels en commun. Car Patrick, en parallèle des activités professionnelles citées plus haut, s’intéresse de près à la construction de la réussite dans le sport de haut niveau. Venu du rugby, de l’athlétisme et du golf, il indique avoir fait une rencontre décisive en 1991 (“une personne passionnée de développement personnel“) puis s’être formé aux métiers de coach et de préparateur mental. Son site Internet affiche une participation discrète mais active à plusieurs distinctions olympiques et mondiales obtenues par des athlètes qu’il a accompagnés, citant Jean-Luc Crétier (ski), Philippe Rozier (équitation), Jean Galfione (athlétisme), Younes El Aynaoui et Michael Llodra (tennis), Raphaël Jacquelin, Mike Lorenzo-Vera ou Nicolas Colsaerts (golf)… Aujourd’hui à la tête d’une structure qui “vise à développer les champions de demain, à savoir des sportifs symétriques“, il nous en dit davantage sur ce qu’il entend par ce dernier qualificatif au cours de l’entretien ci-dessous. Un échange tout en intuitions, en recoupements et en transversalités. – JudoAKD#056.

 

 

 

 

Une version en anglais de cet entretien est disponible ici.

 

 

 

 

Aux côtés du skieur Jean-Luc Crétier, champion olympique de descente en 1998, qui détaille ici une méthode d’accompagnement peu banale. ©Archives Patrick Grosperrin/JudoAKD

Commençons par définir les termes : qu’est-ce que la latéralité, et pourquoi en fais-tu un sujet aussi central de ton analyse des leviers de la performance ?

La plupart des gens ont une petite idée de ce que c’est : untel est droitier, un autre gaucher. Mais il y a un enjeu bien plus important derrière ce mot, un enjeu crucial pour le judo – et le sport en général – d’aujourd’hui et de demain. La majorité des sports, dont le judo, sont symétriques, c’est à dire qu’il y a la possibilité de réaliser des actions des deux côtés (par exemple : attaquer à droite, ou attaquer à gauche). Or, Il existe des profils de latéralité qu’on ne sait pas encore bien repérer, ni exploiter suffisamment, qui ont naturellement la potentialité à agir aussi efficacement d’un côté comme de l’autre, ce qui donne d’emblée un gros avantage sur la concurrence. Ensuite, pour le profil le plus classique, il y a également la possibilité de développer tout ou partie de cette capacité, mais ça prend plus de temps.

 

Au cours de nos échanges en amont de cet entretien, tu me listais une série impressionnante de champions concernés par cette caractéristique…

Effectivement, j’observe chez de nombreux grands champions de l’histoire du sport des caractéristiques les rattachant à ces profils particuliers, sans que ce soit connu. De Pelé à Cruyff en passant par Wayne Gretzky, Tiger Woods, Roger Federer, Rafael Nadal, Jannick Sinner, Carlos Alcaraz, Martina Hingis, Ayrton Senna, Max Verstappen, Sébastien Loeb, LeBron James, Victor Wembanyama, Antoine Dupont, Zinedine Zidane, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Kylian Mbappé… Autre illustration très spectaculaire dernièrement de cet atout, le parcours historique de la petite tenniswoman polonaise, Maja Chwalinska (1,64 m, 114e mondiale), lors du dernier tournoi de Roland Garros. Alors qu’elle accuse un important déficit de puissance (premier service à 135 km/h de moyenne, contre les 160 à 200 km/h pour le Top 30), elle a enchaîné neuf victoires d’affilées, qualifications comprises, pour se hisser en finale. J’ai de suite perçu sa facilité à fixer ses adversaires, à varier son jeu, à les surprendre par des amorties… et, elle qui joue en gauchère, à utiliser sa main droite en bout de course.

 

Il y a donc plusieurs profils de latéralités ?

Oui, et il faut bien les distinguer. Le plus courant, c’est le latéralisé homogène (75 % de la population selon plusieurs études concordantes) : quelqu’un dont l’œil directeur, la main dominante et le pied dominant sont tous du même côté. Moi-même, je suis un latéralisé homogène droit. Nous sommes conçus pour agir prioritairement avec un côté du corps.

 

Quels sont les autres profils compris dans les 25 % restants ?

Ils sont au nombre de deux. D’abord il y a l’ambidextre qui utilise les deux côtés avec une aisance quasi identique, sans y réfléchir – un objet qu’on lui lance sera attrapé indifféremment d’une main ou de l’autre, en fonction. Ces athlètes sont très rares (1% de la population), mais en général déjà repérés : leurs adversaires savent qu’ils peuvent attaquer des deux côtés et s’en méfient.
Et puis il y a le profil qui m’intéresse le plus, parce qu’il passe le plus souvent inaperçu et que la plupart de ceux qui le possèdent l’ignorent : le latéralisé croisé. C’est quelqu’un dont, par exemple, le pied dominant est le droit, mais l’œil directeur est le gauche. Sa préférence motrice ne suit pas une seule ligne : elle est répartie entre les deux côtés du corps. Il existe deux catégories : les latéralisés croisés visuels et les latéralisés croisés corporels. Ils représentent moins de 25 % de la population.

 

Avec ses seoi inversés inspirés des maîtres coréens et lancés indifféremment à droite comme à gauche (ici aux Jeux européens de Bakou en 2015 face au Suédois Robin Pacek), le Français Loïc Pietri a donné le tournis à sa catégorie des -81 kg au point d’enchaîner onze podiums en treize sorties internationales individuelles entre mars 2013 et août 2015 – dont trois médailles mondiales et trois médailles continentales. ©Paco Lozano/JudoAKD

 

Comment expliques-tu que ce profil apporte un avantage particulier ?

Il faut repartir d’une base anatomique simple : le corps se divise en deux hémicorps, droit et gauche, de l’œil à la main jusqu’au pied. Et les circuits qui les commandent se croisent au niveau du cerveau – l’hémisphère cérébral gauche pilote l’hémicorps droit, l’hémisphère cérébral droit pilote l’hémicorps gauche.
Pour donner une image simple de la répartition des rôles entre ces deux hémisphères : l’hémisphère droit est le siège du global, de la créativité, de l’émotionnel, avec une vitesse d’échanges d’informations avec le corps plus élevée ; l’hémisphère gauche c’est la logique, l’analytique et le rationnel.

 

C’est très schématique…

C’est une image pédagogique qui a ses limites. La réalité du fonctionnement cérébral est plus complexe et plus nuancée que cette opposition binaire, popularisée depuis longtemps. Mais elle aide à comprendre l’intuition de fond : chez un ambidextre, ou un latéralisé croisé, les deux hémisphères sont davantage sollicités, de façon plus équilibrée que chez un homogène. Cela se traduirait, selon les études scientifiques et mon expérience de terrain, par une perception spatio-temporelle plus riche et plus rapide (le fameux “coup d’œil”) et une meilleure capacité d’anticipation et d’adaptation. Mais je me répète, encore faut-il détecter ces sportifs qui ont une arme secrète sans le savoir pour la plupart et donc sans l’exploiter pleinement. On passe alors tout simplement de sportifs asymétriques à des sportifs symétriques, parfaitement adaptés aux sports symétriques, mais aussi aux disciplines asymétriques (golf, lancers, tir, base ball…), car leur fonctionnement cérébral apporte un plus en termes de vision du jeu, de créativité, d’adresse ou de vitesse de réaction.

 

Concrètement, sur un tapis ou un terrain, en quoi cela se matérialise-t-il ?

Ça génère une imprévisibilité redoutable. Un athlète possédant une puissance équivalente des deux côtés (appuis, mobilité, haut du corps), capable d’attaquer des deux côtés, de manière crédible, installe chez son adversaire une incertitude permanente : ce dernier ne sait plus où regarder, ni de quel côté anticiper, il est fragilisé car en déséquilibre. L’ambidextre ou le latéralisé croisé ne va pas répéter indéfiniment un schéma de réaction préférentiel, toujours du même côté, toujours dans le même sens. Son système psychomoteur en mouvement va ressentir et décider comment procéder efficacement. Il peut s’appuyer sur un côté préférentiel, mais c’est au service d’une perception globale et pas unilatérale. Cela produit des gestes magiques : les dribbles, les passes et les frappes de Messi, les inspirations et la pureté technique de Federer, les frappes soudaines des deux pieds de Mbappé, les ouvertures au milieu d’une nuée d’adversaires d’Olise. Avant d’avoir une technique différente, ils ont un cerveau qui fonctionne différemment.

 

Paris, 7 février 2016. Dans un remake très attendu de la finale de l’édition précédente, le Français Alexandre Iddir renverse la vapeur sur le gong face au multimédaillé européen et mondial géorgien Varlam Liparteliani en quarts de finale des -90 kg. Mené d’un waza-ari jusqu’à quelques secondes du terme, il change soudain sa garde de gaucher pour lancer un seoi à droite. Ippon sur le gong et un Accor Arena en feu comme aux plus grandes heures de Dimitri Dragin cinq ans plus tôt. ©Paco Lozano/JudoAKD

 

Ça me rappelle Alexandre Iddir, double médaillé européen et titulaire aux JO de Rio et de Tokyo. Il était capable de déclencher un ippon seoi nage du côté opposé à sa garde apparente – un mouvement d’autant plus dévastateur qu’il est totalement inattendu, y compris dans les toutes dernières secondes d’un combat. Ou bien le Franc-Comtois Maxime Clément, qui reste à mes yeux, avec le Néerlandais Dex Elmont et quelques autres l’un des combattants les plus intelligents croisés sur un tapis : lors d’un championnat de France par équipes, il a délibérément inversé sa garde jusqu’à dix secondes de la fin, au point de faire oublier son côté fort à Lloyd Soetens, son adversaire, et de le surprendre sur une seule attaque sur ledit bon côté lors de l’ultime séquence du combat.

Voilà. Ce brouillage n’est pas qu’un tour de passe-passe technique. Il agit directement sur la capacité de décision de l’adversaire, qui mobilise une part réduite de ses ressources au moment décisif, parce qu’il est déstabilisé dans ses repères.

 

Grand Chelem de Paris, 9 février 2014. Champion de France en titre des -100 kg, Maxime Clément s’incline pour le bronze face au Néerlandais Henk Grol, double médaillé olympique et triple médaillé mondial. ©Paco Lozano/JudoAKD

 

Tu prends souvent des exemples venus du football…

C’est même l’exemple le plus parlant aujourd’hui. Regarde l’attaque de l’équipe de France : Mbappe, Olise, Dembélé, Doué, Barcola, Cherki, tous des profils ambidextres ou croisés, capables de dribbler, centrer, tirer ou déborder indifféremment des deux pieds. Un joueur positionné à gauche, qui peut utiliser les deux appuis et les deux pieds, peut prendre l’espace intérieur ou extérieur selon la situation, ce qui le rend imprévisible pour les défenseurs.

 

Intéressant. Je me souviens d’un mach de l’AJ Auxerre de Guy Roux en tour préliminaire de Coupe d’Europe, en août 1989. L’équipe évoluait en 4-3-3 et l’attaque était composée d’un attaquant de pointe, le Hongrois Kalman Kovacs, et de deux ailiers, le gaucher Pascal Vahirua à gauche et le droitier Christophe Cocard à droite. C’était fascinant car ils avançaient par vagues, les ailiers débordaient et centraient de leur pied fort vers l’avant-centre. Quelques mois plus tard, l’Olympique de Marseille utilisera, elle, le gaucher anglais Chris Waddle comme ailier… droit. Le danger avec lui venait quand il repiquait au centre…

Oui. Ce constat s’inscrit d’ailleurs dans une évolution plus longue du poste d’ailier. Chez Guy Roux, le modèle classique plaçait un droitier à droite et un gaucher à gauche : chacun centrait de son bon pied, en bout de course. Puis est venue la mode du « faux pied » – droitiers à gauche, gauchers à droite – qui privilégiait les débordements vers l’intérieur, au détriment du centre. Les profils croisés ou ambidextres s’affranchissent de ce compromis : ils peuvent faire les deux, selon ce que la situation propose ou exige.

 

Ce type de profil, est-ce quelque chose d’inné, ou est-ce que cela se travaille ?

La latéralité croisée est innée, pour autant, elle réclame malgré tout un travail de développement du côté non préférentiel. Par contre – et c’est l’autre grand pan de ce que nous abordons avec notre structure – les homogènes, par un travail acharné, peuvent développer une bilatéralisation acquise, qui s’avère très efficace.

 

C’est-à-dire ?

Plusieurs cas sont ici à distinguer :

  • La bilatéralisation acquise du bas du corps – un droitier qui a développé l’usage de sa jambe gauche (l’Espagnol David Villa ou le Français Désiré Doué, en football), comme je l’ai fait moi-même, enfant, pour le rugby, ou l’inverse (le gaucher Johnny Wilkinson qui a développé son pied droit, notamment lors de son fameux drop décisif en finale de la Coupe du monde de rugby 2003).
  • La bilatéralisation acquise du haut du corps – le cas des gauchers contrariés par exemple, à qui l’on a imposé d’écrire de la main droite. Je pense pa exemple au golfeur Phil Mickelson qui a appris le golf en miroir avec son père.
  • La bilatéralisation acquise complète, plus rare, qui combine les deux (bras et jambes, ou bras et appuis) : Michael Jordan, Stephen Curry.

Dans ces trois cas, pour autant, l’œil directeur ne change pas.

 

C’est intéressant que tu cites les basketteurs Michael Jordan et Stephen Curry. Leur dextérité à tous les deux est proverbiale…

Et pourtant tous les deux sont homogènes. Selon mes recherches, Stephen Curry était très frêle enfant et son père a considéré que pour qu’il puisse avoir une chance d’aller en université, il fallait absolument pouvoir jouer des deux côtés. Pour ce faire, il l’obligeait pendant tout un camp d’entraînement à n’utiliser que sa main gauche. C’était difficile, voire douloureux, mais ça a porté ses fruits… Michael Jordan, lui, c’est différent. Il était déjà en université, mais les coaches et les équipes adverses avaient compris comment le bloquer sur son bon côté. De ce fait, il a dû beaucoup travailler pour pouvoir partir du côté gauche.

 

Y a-t-il un âge propice pour pouvoir commencer ce travail ?

Oui, et c’est un point sur lequel insistent les neurologues : ils déconseillent d’intervenir avant l’âge de cinq ans. À ce stade, le cerveau de l’enfant est en train de se construire selon ses propres besoins naturels. Interférer trop tôt pourrait favoriser des difficultés d’orientation, des confusions droite-gauche, ou des difficultés de l’ordre de la dyslexie.

Passé cet âge, en revanche, plus tôt on commence, mieux le travail s’ancre durablement. Moi par exemple, j’ai développé l’usage sportif de ma jambe gauche dès dix ans et je l’ai conservé depuis.

 

Quels exercices concrets recommandes-tu, pour un pratiquant qui voudrait travailler ça au quotidien ?

Il y a du générique (activation des hémisphères cérébraux) et du spécifique (adapté au sport et au sportif). Des gestes très simples, répétés dans la durée. Personnellement, je me rase en alternant régulièrement ma jambe d’appui et l’œil utilisé, cela active volontairement l’hémisphère normalement sous-sollicité. Le jonglage est un autre excellent exercice, tout comme le fait, pour un judoka, de s’imposer volontairement une séquence entière d’entraînement en garde inversée, même en restant fondamentalement droitier ou gaucher. Il n’y a pas besoin de chercher à faire tomber le partenaire à chaque fois : l’objectif est d’obliger le cerveau à chercher de nouvelles solutions techniques, plutôt que de se reposer sur les automatismes du côté fort.

 

Tout cela s’appuie sur un mot que tu emploies souvent : la neuroplasticité. Peux-tu l’expliquer simplement ?

C’est la capacité du cerveau à se réorganiser, à optimiser son fonctionnement, en fonction des besoins et de l’usage qu’on en fait. C’est un principe biologique aussi ancien que l’évolution elle-même, celui qui a permis l’adaptation progressive des espèces à des conditions changeantes. Ce qui est plus récent, c’est la compréhension scientifique de ce phénomène, et notre capacité à l’exploiter délibérément, dans un cadre d’entraînement.

 

Par exemple ?

Concrètement, un geste répété volontairement de l’autre côté du corps ne reste pas un simple exercice de motricité : il sollicite un hémisphère cérébral normalement sous-utilisé pour une majorité de personnes, et contribue, imagerie médicale à l’appui, à un fonctionnement cérébral plus équilibré avec une meilleure gestion émotionnelle et une meilleure lecture globale des situations. Et donc à l’apparition de nouveaux circuits neuronaux.

 

Tokyo, 27 juillet 2021. Cinq ans après s’être inclinée en finale des JO de Rio face à la même adversaire, l’alors quintuple championne du monde française Clarisse Agbégnénou prend sa revanche au même stade face à la Slovène Tina Trstenjak, dont le judo aussi efficace à droite qu’à gauche poli dans son fief de Celje aura obligé l’ancienne protégée d’Ahcène Goudjil à se remettre en question au point de presque tendre vers l’invincibilité. ©Paco Lozano/JudoAKD

 

Qu’est-ce que cela change, concrètement, pour un entraîneur ?

C’est là que se joue, à mon sens. La plupart des méthodes actuelles partent d’une préférence motrice observée – « je vois qu’il est droitier » – pour construire tout le travail technique et physique compte tenu de ce constat indiscutable. C’est une logique intuitive, mais qui ignore un paramètre décisif : certains athlètes possèdent déjà, sans le savoir eux-mêmes, la capacité d’utiliser l’autre côté avec efficacité.

 

Comment procéder, alors ?

Le premier travail à faire consiste simplement à détecter les ambidextres et les latéralisés croisés, à expliquer cette spécificité aux athlètes et à leurs encadrements, puis à construire des programmes d’entraînement et des stratégies qui exploitent cet avantage plutôt que de l’ignorer. Pour les profils homogènes, la piste est différente mais tout aussi concrète : engager, dans l’idéal le plus jeune possible, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, un travail systématique de l’autre côté. Non pas pour égaler l’avantage inné des profils croisés, mais pour s’en rapprocher – avec, à la clé, des bénéfices en termes d’équilibre physique et de richesse technique et tactique. Et donc, en termes de performance.

 

As-tu un exemple récent de travail réalisé avec un sportif ?

En football, j’ai récemment collaboré avec Rémy Descamps, le gardien numéro 2 de l’Olympique lyonnais. Cette collaboration a débuté juste avant le démarrage de la saison 2025-2026. Le gardien titulaire n’étant pas encore arrivé, Rémy devait le suppléer lors des premiers matchs. Alors qu’il était passé par trois centres de formation et quatre clubs professionnels, j’ai dû lui faire découvrir qu’il était latéralisé croisé, avec tous les avantages pour un gardien qui utilise à la fois les mains et les pieds. Nous avons analysé ensemble les différentes situations de jeu : arrêts, sorties, contrôles, passes, ouvertures ; et comment exploiter son avantage, avec exercices génériques (habilité) et spécifiques (foot) à l’appui. Il a parfaitement rempli son rôle, puisque cette collaboration a coïncidé avec trois matches sans but encaissé – un résultat encourageant, qu’il faudrait bien sûr confirmer sur un échantillon plus large pour en isoler l’effet réel.

 

 

Extrait de la biographie Rafael Nadal par Christopher Clarey (Flammarion, 2025). ©DR/JudoAKD

 

Tu évoquais plus tôt dans l’entretien l’existence d’une structure dédiée à ces recherches. Quelles sont les personnes qui la composent ?

Elle se compose de différents spécialistes du sport de haut niveau (préparateurs mentaux, préparateurs physiques, coaches), dont Paul Dorochenko, un des premiers formateurs de Roger Federer, qui l’a grandement aidé à développer sa spécificité de latéralisé croisé. Nous mettons nos compétences et notre expérience à disposition des fédérations, des structures, des coaches et des sportifs, de tous sports et de tous pays, qui veulent avancer sur ce sujet.

 

Si le Patrick de 2026 pouvait donner des conseils ou faire gagner du temps au jeune Patrick qui, il y a un peu plus de trois décennies, débutait dans la préparation mentale, que lui dirait-il ?

Je lui dirais : entoure-toi de passionnés, polyglottes – pour pouvoir intervenir à l’international – et forme-les, car il y a beaucoup à faire, partout. Il suffit de constater les erreurs mentales basiques qui perdurent durant l’actuelle Coupe de monde de football : gestion émotionnelle, mauvais réflexes pénalisants en défense et lors de différentes frappes (centres, tirs, reprises de volée). Exemple : laisser les joueurs se laisser aller à des ascenseurs émotionnels extrêmes suite à un but marqué ou à un but encaissé. Mais aussi cette vérité : tout joueur de foot a peur d’être touché par le ballon lors d’une frappe, il a donc une réaction instinctive pour éviter de l’être, et laisse ainsi le champ libre au ballon. La plupart des joueurs de foot ont également peur de rater quand ils frappent de loin, donc soit ils font le nécessaire pour ne pas avoir à le faire ou alors, quand ils tirent, ils s’empressent de regarder le résultat, ce qui les fait se relever et ne pas finir leur geste, avec un ballon qui généralement s’envole. Dans les deux derniers cas, un travail spécifique est nécessaire pour se donner davantage la possibilité de marquer face à des blocs bas. Pour ce faire, il faut apprendre à éliminer ces réactions inconscientes très puissantes et les remplacer par les gestes efficaces. – Propos recueillis par Anthony Diao, été 2026. Photo d’ouverture : Patrick Grosperrin face à son paperboard ©JudoAKD.

 

 

 

 

 

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